Chez Paulo

Il portait des bottes en croco
Un costard vert signé Smalto
Un chapelet de grains d’orge en bandoulière
Il dormait dessous son zinc
Sur le matelas des complaintes
Qu’il glanait de jour en jour
De verre en verre
Il jurait comme un sonneur
La main de fatma sur le cœur
Que ses liqueurs n’étaient faites que d’amour et d’air
Il avait plus de maîtresses
Que de dieux dans ses adresses
Certains disaient qu’il fût d’autant garde-frontière

Lucie se saoûlait de ses diabolos
Elle avait 16 ans et deux minots
Paulo les berçaient entre deux pressions
Un lait premier âge et trois picons
Malik s’endormait sur son interro
Dans l’arrière-salle clapotaient encore les dominos
Pour un CAP de tailleur de pierre
Paulo lui rachetait sa colère

On dit qu’il chauffait le fond du sellier
Pour deux albinos d’Érithrée
Et pour les changer des cageots d’endives
Paulo leur racontait les Maldives
Une belle amazone l’avait marié
Elle avait fui la Tchétchénie au galop synchopé
Pour blanche qu’était l’union terre-à-terre
Elle aimait Paulo par dessus les mers

Un jour de semaine qu’il allait fermer
Se pointèrent les curés des deux cités
L’église était pleine et le presbytère
était menacé de quarantaine
Paulo fatigué leur confia ses clefs
pour deux orphelins trois noyés deux électrocutés
Un mot sur l’ardoise un tour à l’étage
Paulo avait refait ses bagages

Il n’a plus ni bottes en croco
ni costard vert signé Smalo
Il n’a pris que les grains d’orge en bandoulière
Il a laissé sous son zinc
L’épais matelas des complaintes
Concassées de jour en jour de verre en verre
Il gueule encore à ses heures
La main sur la pince montseigneur
Que le bonheur ça n’est fait que d’amour et d’air
Il n’a plus ni dieu ni maître
Il n’a plus même une adresse
Depuis qu’il est reparti ouvrir les frontières

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